La Route Blanche… la Nationale du Terroir

Poursuivons notre saga des routes nationales françaises, après la N85 (Route Napoléon), nous partons pour une route oubliée, faite de montagnes aux paysages à couper le souffle, de forêts de sapins, de petits villages pittoresques, loin des embouteillages ou des itinéraires de vacances d’antan, remis au goût du jour sur un air nostalgique.

Les frontières bougent au fil du temps.

A sa création, en 1824, la RN5 est définie comme étant la route de Paris (Barrière de Charenton) à Genève passant par l’Italie au Col du Simplon. Elle succède alors à la route impériale 6.

Entre Les Rousses et Gex, la route passe par le territoire suisse sur une longueur d’environ une lieue.

Depuis, la route longe la frontière à environ 150 mètres de distance.

En contrepartie, cet axe ne peut être fortifié et la route de La Cure à Saint-Cergues est entièrement cédée à la Suisse.

Par suite de l’intégration de la Savoie à la France, elle est prolongée en 1860 le long du Lac Léman entre Veigy-Foncenex et Saint-Gingolph.

La Route Nationale 5 reliait jusqu’en 2006 Dijon à la frontière suisse.

Depuis, elle a été déclassée entre Dijon et Poligny et entre Les Rousses et Saint-Gingolph via Genève.

Historiquement, elle partait de Paris. L’originalité de cette route est de traverser la Suisse (canton de Genève) avant de terminer son parcours à Saint-Gingolph à un autre point-frontière franco-suisse. De nos jours, seul subsiste le tronçon allant de Poligny aux Rousses.

Mon trajet préféré…

Je ne manque jamais d’emprunter l’itinéraire au départ de la capitale Bourguignonne, que ce soit pour aller en Suisse ou en Italie, la route étant plus courte que le trajet autoroutier.

Au départ de Dijon sur la D905

Dès la sortie de Dijon, des paysages de brumes annoncent les premiers contreforts du Jura.

Si la route vers la Franche-Comté se fait un peu paresseuse en val de Saône, fief du maraîchage, le trajet s’anime, passée la belle Saône et Auxonne.

Une magnifique allée d’ormes plantés sur la longue levée du pont d’Auxonne mène tout droit à la traversée de la Saône.

 La route actuelle passe toujours sur le terre-plein de 1739 agrémenté de huit ponts.

Après Auxonne direction Dole par la D905, « la route blanche » entre dans le département du Jura. Ici, la chaussée n’a pas changé de tracé depuis le XIXe siècle.

Cette portion (D905) est faite de longues lignes droites, une plaine qui vous repose avant d’attaquer la montagne et ses virages.

Par la suite, le voyage devient gourmand au pied du Revermont avec Arbois la vineuse et Poligny, la capitale du comté, le fromage aux mille arômes…

J’y ai pris mes habitudes et je m’arrête Place des déportés pour faire mes emplettes à « la fromagerie Arnaud » puis prendre de quoi me sustenter à la « Gribouillette » avant d’attaquer la montagne.

Mais n’oubliez pas d’arroser vos achats d’un fameux vin jaune, un nectar mystérieux proposé dans l’un des nombreux caveaux de la ville.

On sort de Poligny par la route de Genève; celle-ci entame son ascension en direction du premier plateau jurassien qui domine la plaine bressane. Voilà un frais vallon, enserré entre les murs de rochers, au fond duquel murmure la petite rivière Glantine. C’est bien souvent là, qu’aux mauvais jours, l’automobiliste rencontre pour la première fois neige et verglas.

A Vaux-sur-Poligny, village dominé par la reculée, voici le premier des deux forts lacets qui emmènent à 600 m d’altitude. Au sommet de la côte à droite, un petit belvédère ménage une très jolie vue sur le vallon et les virages de la route. A deux pas, l’ancienne «Maison Lolo», idéalement placée en bord de falaise, fut, au XIXe siècle, un relais de poste réalisant le change des chevaux.

Un fois la forêt de Poligny traversée, « la route Paris Genève » arrive dans la région des lacs.

Puis voilà Champagnole, au cœur de Jura et la belle région de lacs.

Notez à l’entrée de la ville le panneau Michelin authentique.

Ici un détour bucolique s’impose : « La route des sapins » (de Champagnole, en passant par Chapois et Levier ( 40 km).

Après Champagnole, la suite de la montée vers le col de La Faucille, point culminant de la voie, avec ses 1323 m d’altitude et son fantastique panorama vers le mont Blanc. Là encore, la route a une histoire plutôt tourmentée, un peu comme les paysages d’ailleurs…  entre Morbier, Morez, Les Rousses et le pays de Gex.

Dans cette région à proximité de la Suisse, les histoires de contrebandiers sont légions, et pendant la deuxième guerre mondiale elles sont émaillées d’ actes de résistances : « la route blanche » est le théâtre de nombreuses attaques de convois.

La route virevolte sur le versant le plus ardu du Jura. Les pentes sont rudes et les paysages aériens.

Arrivée au bourg de Gex, qui s’accroche aux derniers arpents pentus du Jura, c’est l’étape obligée avant la plaine du Léman, la cité se fait connaître des automobilistes de la route blanche par son bleu. Un fromage. Et son feu rouge. Le premier rencontré depuis des kilomètres. Retour à la civilisation.

Après, la raide descente vers Gex offre une très belle vue sur le lac Léman, ce sera l’arrivée à Genève en Suisse, où la route blanche fera escale avant de se retrouver au pied des Alpes…

La suite de l’itinéraire passe par les rives du lac Léman.

De l’autre côté du lac, il reste une soixantaine de kilomètres pour atteindre Saint-Gingolph, le but de ce voyage. La route blanche s’est officiellement terminée à Genève, mais la RN5 (D1005) revient en France.

A 15 km de Genève, arrêtez- vous pour flâner sur la péninsule d’Yvoire ,un petit village touristique au bord du lac parmi les plus beaux de France.

Plus loin, Evian, la ville d’eau ; à l’approche de la cité, la route s’embourgeoise: grandes propriétés, immeubles de rapport… Un petit parfum de riviera enrobe la ville où flotte l’étendard des eaux d’Evian. La route passe juste devant le casino.

 Enfin Saint-Gingolph, terme du voyage, n’est plus qu’à quatre kilomètres.

La route se faufile entre des montagnes de plus en plus élevées et le lac, qui se rétrécit, s’approfondit.

Partout, les Alpes s’imposent à notre vue.

Les arrêts visites :

Poligny :  les fromageries du centre ville,

Vaux sur Poligny : point de vue sur La culée de Vaux

Le Vaudioux : point de vue sur les gorges

Entre deux Monts : cascade

Gex : fontaine, lavoir

Yvoire : mérite le détour à faire a pied

Ferney Voltaire : château

Douvaine : château

Sciez : musée des pompiers

Thonon les bains : château

Evian les Bains : palais Lumière

Meillerie : prieuré et église

Guide de voyages en voiture de collection – 5e edition 2020

L’auteur : Alexandre Pierquet Collectionneur de voitures anciennes et auteur de guides de voyages, pratique l’aventure de la route depuis plus de 40 ans. Journaliste il écrit régulièrement pour News d’Anciennes et intervient comme chroniqueur à la radio.

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